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Impact du déclin sensoriel sur l’empan visuo-spatial chez l’adulte jeune et âgé


Date
May 20, 2021 14:00 — 15:30
Lieu
Lyon, France
35 Rue Raulin
69007 Lyon

Introduction

Le vieillissement est associé à un déclin sensoriel et cognitif concomitant (e.g., Whitson et al., 2018). Les principales hypothèses à l’origine de ces relations indiquent qu’un troisième facteur général du vieillissement sous-tendrait ces liens, que le déclin du cerveau nécessiterait plus de ressources et appauvrira donc le système sensoriel, ou à l’inverse que la dégradation du système sensoriel appauvrirait les entrées du cerveau et donc la cognition (pour une revue, voir Robert & Allen, 2006). Puisque les données s’appuient sur des relation corrélationnelle, il est difficile de déterminer la nature causale du déclin sensoriel sur le fonctionnement cognitif. Ce type de relation peut être évalué à travers la manipulation expérimentale du fonctionnement sensoriel chez l’adulte jeune, mais peu d’étude ont montré un effet perturbateur de ce type de manipulation sur des performances cognitives (pour une revue, voir Monge & Madden, 2016). Puisque le déclin sensoriel pourrait impacter les performances de mémoire à partir d’une réduction de la distinctivité des traces mnésiques (Vallet, 2015) en produisant des interférences entre les traces similaires (e.g., Suprenant et al., 2006), il est possible que ce faible niveau de preuve chez le jeune adulte s’explique par l’absence de contrôle des caractéristiques distinctive des stimuli. L’objectif de cette étude était de tester l’effet de la dégradation visuel chez l’adulte jeune et âgé en fonction d’un faible taux de distinctivité visuel selon des conditions de stimulation unimodal vs. mutlimodal sur les performances d’empan visuo-spatial.

Matériel et Méthode

L’expérience a été réalisée à partir d’une adaptation du jeu Simon pocket qui s’apparente à une tâche d’empan visuo-spatial (e.g. Humes & Floyd, 2005). Dans cette adaptation, quatre cases étaient présentées dans une matrice deux par deux et associées à quatre photographies différentes et quatre sons différents. Les cases été activées (agrandissement de la photographie et son joué) l’une après l’autre et le participant devaient appuyer sur les cases correspondantes dans le bon ordre pour reproduire la séquence de longueur N. Lorsque le participant reproduisait correctement la séquence, une nouvelle séquence de longueur N+1 était présentée. La variable dépendante correspondait à la séquence la plus longue que le participant était capable de correctement reproduire lorsqu’au moins une réponse correcte suivie de deux essais successif incorrect était réalisé.

Le niveau de distinctivité visuelle (faible avec présentation en noir et blanc vs. élevé avec présentation en couleur), la dégradation visuelle (avec dégradation vs. sans dégradation) ainsi que la modalité auditive de présentation (sans son vs. avec son tonal vs. avec son congruent) ont été manipulés au sein d’un design intra-participant.

Résultats

Les résultats ont porté sur un échantillon de 30 adultes jeunes et 30 adultes âgés. Ils ont révélé que l’empan était plus faible chez les adultes âgés comparé au adulte jeunes. De plus, la dégradation visuelle réduisait significativement les performances d’empan chez les jeunes, mais pas chez les adultes âgés. Les analyses post-hoc ont révélé que l’effet de dégradation chez les adultes jeunes était porté par la condition la plus interférente (i.e., présentation sans son et en noir et blanc).

Discussion

Conformément aux hypothèses, les résultats ont révélé que la dégradation sensorielle perturbée les performances d’empan chez l’adulte jeune, mais seulement pour les conditions où les traces mnésiques sont les plus interférentes en raison d’une faible distinctivité sensorielle. Cela suggère que le déclin sensoriel peut réduire la distinctivité des traces chez l’adulte âgé. Toutefois, l’absence d’effet perturbateur de la dégradation sensoriel expérimentale chez les adultes âgés suggère que la dégradation sensorielle présente à long terme au sein de cette population peut induire des mécanismes de compensation, rendant la manipulation sensorielle expérimentale inopérante. Pris ensembles, ces résultats conduisent à une meilleure compréhension des relations entre le déclin sensoriel et mnésique chez l’adulte âgé.